Enmouvement

Mental, mon beau mental, dis-moi qui est… d’un calme olympien !

Premier épisode de cette série sur le mental. Dans chaque article, nous allons questionner une croyance populaire sur le mental pour ensuite l’intégrer dans notre quotidien. Bienvenue !

Tout d’abord, je te propose de t’assoir confortablement, de sentir les points de pressions sur la chaise ou sur le sol, de prendre trois profondes inspirations amenant l’air jusqu’au bas du ventre et de pousser l’air vers l’extérieur tout gentiment, comme les bulles qui s’échappent de la bouteille de champagne que tu viens d’ouvrir.

Tu peux répéter cette routine avant chaque nouvelle activité que tu entreprends durant ton quotidien. Celle-ci te permettra de te connecter à ton présent et de profiter un maximum. Te sens-tu d’un calme olympien ? Avant de répondre, examinons ensemble un des mythes populaires qui fait rage dans le milieu du sport : être émotionnel-le signifie que nous avons perdu le contrôle. Vraiment ?

Pour y répondre, quoi de mieux que d’associer au mythe un autre mythe. Pour cela, la poésie est le miroir de la beauté et de l’excellence que chaque athlète recherche dans ses performances. Homère, auteur de l’Iliade et l’Odyssée, raconte que la plus haute montagne grecque servait de résidence pour les dieux. Là-haut, au-dessus des nuages, régnaient la sérénité et le bonheur. Les dieux représentaient la sagesse, vivaient en harmonie avec la nature et étaient adulés par l’être humain. Être d’un calme olympien serait ainsi ressembler à Zeus, dieu suprême ne perdant jamais le contrôle de soi.

Ô doux mensonge. Zeus était un dieu passionnel, vivant avec ses émotions et conquérant ses objectifs les plus ambitieux. Pourtant, il reste maître de la destinée, souvent comparé à un sauveur et représenté avec une balance. Serait-ce lui le parfait exemple du calme olympien ? Un dieu regorgeant de vitalité, à l’écoute de ses émotions et assouvi par le plaisir. Pour délibérer, je te propose de s’attarder sur notre réalité, la réalité du terrain.

Schmidt, K. L., & Cohn, J. F. (2001). Human facial expressions as adaptations: Evolutionary questions in facial expression research. American Journal of Physical Anthropology: The Official Publication of the American Association of Physical Anthropologists, 116(S33), 3-24, p.19.

Sais-tu que les enfants nés aveugles produisent les mêmes expressions faciales émotionnelles que les personnes qui ont des facultés visuelles ? Le partage des émotions est donc naturel, inné et utile. De plus, il n’y a pas que l’humain qui le fait ; nous partageons cette faculté avec nos frères primates et autres animaux. Puisqu’une image parle parfois plus que des mots, je te laisse avec cette image représentant nos ressemblances avec eux (ici, un macaque rhésus et un bonobo) :

Les émotions ont une mission communicative. Elles transmettent des informations au sujet de notre état mental et nous donnent des pistes pour adapter notre comportement. Si ces messages continuent d’exister au fil de l’évolution, c’est qu’ils sont une source d’apprentissage, de performance et de pouvoir. Pourquoi cherche-t-on absolument à les éviter dans les milieux où la lutte pour le pouvoir fait rage ?

Pour répondre à cette question, faisons un deuxième flashback étymologique et analysons de plus près le mot « calme ». Emprunté au grec kaûma signifiant chaleur, l’expressions calme olympien pourrait donc être une simple métaphore du quotidien des divinités grecques : une friteuse qui crépite ! Comme pour nos émotions, tout est dans l’équilibre. Si nous ne chauffons pas assez l’huile, nos frites resteront froides, molles et immangeables. Si, au contraire, nous augmentons trop le thermostat, les frites seront meilleures mais la cuisine ressemblera à un tableau de Georges Seurat, père du pointillisme. Ajuster le bouton de la température afin d’optimiser le résultat est le principe même de l’intelligence émotionnelle et du calme olympien.

Pour se faire, nous avons besoin de quatre éléments : la perception, l’utilisation, la régulation et la compréhension. Tout le monde possède ces ingrédients dans sa cuisine, mais parfois, le tiroir est coincé et il est difficile de s’en servir. En compétition, les tiroirs se coincent plus rapidement à cause de la pression, des attentes et de l’incertitude. Travailler ces éléments aux entraînements permet aux athlètes d’exprimer leurs doutes, leurs sensations et leurs stratégies. L’intervention d’un professionnel du mental te questionnera sur ton rapport aux émotions, t’orientera vers différentes techniques pour débloquer les tiroirs personnels et libèrera ta créativité pour performer dans un calme olympien.

Dans les prochains épisodes, je te présenterai un exercice pour chacun des quatre éléments magiques de l’intelligence émotionnelle. Et toi, saurais-tu me citer des athlètes au calme olympien ?

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